Editorial
« Objectif
zéro accident » :
plus que jamais d’actualité !
Nous sommes toujours dans l’attente
du premier Conseil Interministériel
de Sécurité Routière,
conseil déterminant qui affichera
clairement l’existence ou l’absence
de volonté politique de ce gouvernement à l’égard
de ce qui reste la première cause
de mort évitable pour nos jeunes
de 15 à 25 ans. Cependant, force
est de constater l’échec
d’une première étape.
En effet, nous attendions beaucoup du
Grenelle de l’environnement, de
la synergie des deux missions de ce
grand ministère qu’est
le MEDAD(1). Hélas pour satisfaire
les plus timorés de nos élus,
la décision de l’abaissement
des vitesses sur l’ensemble des
réseaux n’a pas été prise.
Quel ratage!
Aussi, lorsque nous apprenons que le
président de la République
vient de fixer officiellement l’objectif
de moins de 3000 tués sur les
routes en 2012, nous prenons acte d’une
volonté d’agir mais, dans
le même temps, nous nous interrogeons.
L’année 2007 a été une
année de stagnation après
une période exceptionnelle que
nul n’aurait osé imaginer
après l’interview de Jacques
Chirac du 14 juillet 2002. Ce que nous
réclamions depuis la création
de notre association, notamment l’application
stricte et équitable des règles
du code de la route, s’est avéré possible,
socialement acceptable et efficace ! S’en
est suivi une réduction de plus
de 44% de la mortalité sur nos
routes, que notre sensibilité traduit
immédiatement en 10 000 vies
sauvées, des dizaines de milliers
de blessés et de handicapés épargnés
sur une période de cinq ans.
Nous n’avons jamais cherché à minimiser
pour de simples raisons tactiques, les
progrès obtenus. Toutefois, se
contenter du niveau actuel des accidents
et des victimes nous paraît insupportable.
Qui osera nier que des progrès
significatifs sont à notre portée?
Il suffit de regarder les résultats
des différents pays de l’Union
européenne pour comprendre qu’il
est possible d’abaisser encore
l’insécurité routière
en France, comme en Suède, comme
aux Pays-Bas, comme en Norvège(2)
et comme la Grande-Bretagne qui est
proche des meilleurs. Notre but ne peut être
que de rejoindre puis de prendre la
tête de ce groupe qui conduit
le combat pour le respect de la vie
sur les routes : sans dogmatisme,
sans abus de droit, mais avec détermination, équité et
pragmatisme. Dans tous les secteurs
où des possibilités de
progrès existent (que ce soit
dans le domaine des comportements, des
infrastructures ou des caractéristiques
des véhicules) nous demanderons
sans répit que les mesures connues
comme efficaces, soient mises en œuvre
au plus vite.
En 1993, les militants de la Ligue
ont décidé d’ajouter « Objectif :
zéro accident » à son
logo, parfaitement conscients de la
capacité de persuasion qu’ils
devraient acquérir. Il s’agissait
de s’approprier la stratégie
que les entreprises avaient utilisée
pour réduire les accidents du
travail (hors accident de la route),
avec le succès que l’on
connaît. Si le monde du travail
cible maintenant la diminution des accidents
de la route, c’est parce que les
entreprises sont capables de chiffrer
le coût de leur première
cause de mortalité : 5,3
milliards d’euros de perte de
production. Gageons que les résultats
seront rapidement à la hauteur
des enjeux.
Moins de trois mille tués sur
les routes en 2012
Voilà ce gouvernement dans l’obligation
de réussir s’il ne veut
subir la comparaison humiliante avec
les résultats jamais atteints
du gouvernement de Lionel Jospin en
1997(3).
Notre priorité à la Ligue
est d’identifier sans ambiguïté les
points sur lesquels nous souhaitons
agir pour que les progrès se
poursuivent. Nous porterons inlassablement
les propositions auprès des décideurs,
sans agressivité inutile, mais
avec une détermination sans faille.
Plus que jamais nous jouerons notre
rôle de conscience de la société pour
rappeler l’engagement ambitieux,
difficile mais possible, fixé par
le Président.
Notre association ne peut être
qu’un organisme vivant, capable
de s’adapter aux évolutions
auxquelles nous sommes confrontés.
Prenons dès maintenant rendez-vous
avec les sceptiques qui, hermétiques
aux raisonnements et aux résultats
acquis, ne cessent de répéter
depuis les années 70 que se déplacer
implique nécessairement un risque
et que le risque zéro n’existe
pas ! Chaque progrès confirme
leur erreur de jugement.
Mes vœux pour 2008 ? Que
la colère de toutes celles et
ceux qui refusent de vivre dans l’acceptation
de la destruction évitable de
4700 vies et les mutilations de 100.000
blessés sur les routes soit encore
plus largement partagée.
Chaque année, plus de trois
mille enfants de moins de dix-huit ans
deviennent orphelins. C’est à eux
que je dédie ce numéro
de Pondération, eux pour qui
les fêtes familiales seront toujours
le souvenir du bonheur perdu.
Chantal Perrichon
Présidente de la Ligue contre la violence routière
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